GRR 2015 - Diagonale d'un fou

Publié le par Thierry Sébald, Auteur Patrick Poncin

Patrick Poncin

Patrick Poncin

     Le GRR, en un premier temps, est conditionné par l’inscription, plutôt la chance de pouvoir s’y inscrire. Deux ordinateurs connectés à l’heure précise d’ouverture de la plateforme GRR, ce n’est pas gagné !
     Tout le monde se connecte en même temps et certains n’y parviendront pas, cette fois je suis chanceux, YAPLUKA !
     Bon il va falloir s’entrainer un peu, le dernier semi de Nouméa s’est pas trop mal passé mais c’est pas tout à fait pareil. J’appelle Jean Berthet… Jean accepte de me coacher, mais à certaines conditions: ni indiscipline ni improvisation… Avec quelques adaptations en fonction de mon travail, les plans d’entraînements sont globalement respectés.
     Je croise Paolo Biondo en route pour le «Tor des Géants»… On aborde dans la discussion le problème des chaussures. Il me conseille une paire de «HOKA Mafate» pour les derniers 40 kms, pour leur confort et leur stabilité. «Le pape .fr» et 8 jours après je les ai aux pieds pour les roder …
     Il faut s’équiper «léger» j’ai toujours cette fâcheuse tendance à emporter des tas de choses inutiles, cette fois, je prends le minimum.
     Arrivé le 15 octobre à La Réunion pour un départ du GRR le 22 au soir, ça permet de se recaler et de se reposer pour affronter des nuits sans sommeil ou presque.
GRR 2015 - Diagonale d'un fou
     Nous nous retrouvons tous à Saint Pierre, la veille du départ pour la remise des dossards. A l’exception de Sabrina Ecoiffier, qui préfère arriver plus tard dans la soirée, tous les caldoches sont là. Alain Vilas, Angélique Plaire, Christophe Loubriat et Franck Santos. C’est la grande forme et la motivation de chacun est au sommet. Dossards en poche, quelques photos et à demain sur la ligne!
     Jeudi 22 octobre 20h00 la plupart des raiders sont dans l’arène, la pluie s’invite. L’élite est à l’abri sous une tente hissée à coté d’une estrade, sur laquelle un groupe Réunionnais met l’ambiance. Que l’élite parte en première ligne, c’est normal, ils visent la perf., mais qu’ils soient à l’abri alors que les 2500 autres coureurs ont sorti le Kway, ça NON! Des huées « bon enfant » s’élèvent en signe de contestation… Le départ est imminent, j’ai réussi avec mon amie réunionnaise Palmira à me placer dans les 500 premiers.
     C’est parti ! Il faut courir sur les 1ers 17 kms pour éviter les ralentissements, voir les blocages aux « entonnoirs de Mont vert les hauts ». Certains ont été coincés 3h00 sans bouger!
GRR 2015 - Diagonale d'un fou
GRR 2015 - Diagonale d'un fou
     Les 1ers 40 kms nous font monter à 2200 m d’altitude au Piton Textor. Au lever du soleil, on a pu admirer au passage les profondeurs de la rivière des Remparts.
     Après Mare à Boue, s’annonce la première véritable difficulté: 500 mD+ très technique et interminable (crevasses et rochers) suivi de 1000 mD- pour franchir le coteau Kerveguen et descendre sur Cilaos, 1ère grande étape.
     Il est midi quand j’arrive au stade de Cilaos, 14h00 se sont écoulées depuis le départ … Odile et Denis (Capron) sont là, sandwich-Jambon-beurre-tomates-cornichons à la main, j’y ai à peine gouté!
     J’étais parti avec les « HOKA » aux pieds, je décide de les garder, trop confort les groles ! Je change de maillot et tente une pause sommeil. Une heure d’arrêt, impossible de dormir, je repars!
     Devant moi, ce qui s’annonce est sans doute la portion la plus difficile. Pour commencer 1200 mD+ pour passer dans Mafate par le col du Taîbit. Descente sans transition sur Marla où je tente à nouveau de dormir… Peine perdue ! Il est 19h30 quand je quitte Marla, la nuit va être longue!
     Nouvelle ascension vers le col des bœufs, légère incursion dans le cirque de Salazie et retour dans Mafate par le sentier scout. Cette partie est agréable, roulante et en descente jusqu’à Grand Place l’école située à 560 m d’altitude. Je sors ma couverture de survie, je m’enroule à l’intérieur à même le sol humide, je ferme les yeux … Autour de moi des dizaines de raiders remuent dans le bruit métallique de leur couverture, j’ai froid, le sommeil ne vient pas … Je m’habille chaudement, je suis gelé, pourtant la température reste agréable, ce doit être la fatigue.
     Il faut à nouveau grimper vers Grand place les hauts, je me déleste de mes vêtements, je suis en sueur… Descente hyper technique sur la roche Ancrée… Comment font les plus rapides pour gérer ça en courant!!!
     L'endroit est féérique, bassins, cascades à débordement, je me serai bien arrêté quelques jours ici, mais faut pas rêver ! En ligne de mire, Roche Plate et le Maïdo! Nous y voilà. 1500 mD+ en plein soleil et je totalise zéro minute de sommeil depuis le départ.
     30’ de repos à Roche Plate avant d’attaquer le Maïdo, un peu moins de 2h00 pour atteindre le sommet à 2100 m d’altitude. Peu avant mon arrivée, une personne très avenante vient à ma rencontre... Un peu comme la bonne fée de Pinocchio, je lui demande si il fait partie de l’organisation.
C’était mon ami Denis Capron que je n’avais pas reconnu, c’est dire le niveau de fatigue !
     Odile, Denis et même Christoff Barret sont là … Re Jambon-beurre-tomates-cornichons, je n’y touche pas plus qu’à Cilaos! Je me change intégralement après une petite séance de massage des cuisses. Je conserve mes « HOKA » elles sont parfaites!
     Le PC du Maïdo est encore à 20’, je n’ai toujours pas pointé mais je reste confortable sur les barrières horaires. Je m’allonge dans l’herbe en plein cagnard et je dors ENFIN 20’ … C’est reparti, un peu dans le coaltar » 
     J’accroche deux raiders lancés à bonne allure, et je récupère une bonne souplesse musculaire. Je suis à nouveau en forme pour mon arrivée à Sans Soucis. Ici c’est le paradis, tout est prévu… Médical, masseurs, podologues … et surtout, autres choses que les fruits secs et les soupes de vermicelles… J’attaque les crêpes confitures et ensuite je m’enfile un véritable rougaille saucisses et poulet avec riz et lentilles… un régal! Il faudrait 3 ou 4 PC de ce type sur l’ensemble du GRR, quitte à payer un peu plus… mais bon!
     Il ne reste QUE 40 kms et 2 difficultés: La grotte de KALLA et le chemin Anglais, dallé de grosses pierres irrégulières, rendant le terrain très délicat pour les chevilles… MEF ! Surtout qu’il fait nuit.
     Je me repose un peu à la possession et réussi à dormir 20 minutes sur un banc, quand on a besoin, on dort n’importe où!
     Montée 800 mD+ sur Colorado, il ne reste plus qu’à descendre… Je met le T-shirt de l’organisation pour l’arrivée et je change les piles de ma frontale.
     La descente s’avère périlleuse, il a plu toute la nuit sur Saint Denis, le terrain est boueux et très glissant. Il nous faudra, les uns derrière les autres, plus de 2h00 pour arriver au stade de la redoute… il est 6h10 du matin dimanche, après 56h00 et seulement 40’ de sommeil avec 50 litres d’eau consommés.
GRR 2015 - Diagonale d'un fou
     L’objectif était de finir sans blessure. Je suis surpris de n’avoir ni crampe ni ampoule (merci Paolo pour m’avoir conseillé ces chaussures). Mon principal problème a été la gestion du sommeil, mais bon, je sais que je ne suis pas le seul…. Angélique n’a pas dormi sur ses 42 heures de course!
     Un grand Bravo à tous les Calédoniens engagés sur cette «Diagonale».  Merci à l’assistance ASPTT, Odile Huon et Denis Capron. Merci au Coach Jean Berthet et merci à Thierry Sébald pour son engagement pour préparer les trailers ASPTT, même si, je l’avoue, n’avoir pas été très assidu faute de temps. Merci à tous pour votre soutien et vos encouragements, c’était important!
     Rien à redire sur l’organisation GRR, exception faite du rétrécissement à 17 kms du départ qui a contraint certains coureurs à l’abandon, faute de n’avoir pu respecter les barrières horaires. Christophe Barret a été une de ces malheureuses victimes et a dû abandonner au pied du Taïbit.
Souhaitons que l’année prochaine, de nombreux raiders Calédoniens soient encore au rendez-vous.

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Marie-Jo 06/11/2015 07:51

Super exploit Patrick. Tu es venu à bout de cette folle diagonale et tu arrives presque frais comme un gardon... et prêt pour y retourner l'an prochain avec une nouvelle paire de "Koka Mafate" .

Jacob Eric 06/11/2015 07:09

O té ! Lè gaillard le bougr' ! Mi lè fier à ou !

chapusot stef 04/11/2015 22:33

Bravo Patrick !!!! Chapeau bas !!! et quel récit, on y était enfin sans la fatigue.