Ultra-Marathon de Tarawera Inside

Publié le par Mickael Leclerc

Un grand bravo et merci à notre champion Micakel Leclerc qui fraîchement revenu de son ultra marathon de Tarawera  nous plonge dans l'univers de cette course épique. 

L’ultra marathon TARAWERA à ROTORUA, c’est une course que tout le monde connait dans le milieu des coureurs. Elle compte pour le championnat d’ultratrail world tour et les coureurs élites s’y donnent rendez-vous pour s’y mesurer tout le long des 102 kilomètres du parcours, où ne nous attendent pas moins de 2800 mètres de dénivelé positif.

 

Pour moi, l’objectif est fixé dès le départ : « loin de moi l’idée de chatouiller les coureurs « pros » mais je compte tout de même sortir mon épingle du jeu. J’espère réaliser cette course entre 10 et 11h, moins serait une grosse performance, plus serait un échec pour moi compte tenu de la préparation exigeante que j’ai effectuée pour cette épreuve.

Quelques chiffres pour vous donner une idée : 8 semaines de préparation (c’est court !), 1100 kilomètres de course à pied (soit environ 80h), 15000m dénivelé positif, 30h de vélo elliptique pour la récupération, 3 paires de chaussures de running usées jusqu’à la corde, des réveils à 4h et des départs pour les entrainements à 4h30 chaque matin, au moins 40 litres de pâte à crêpe et 10 pots de Nutella (au diable l’huile de palme !).

Cette préparation aura également conduit à de gros moments de solitude avec de réelles remises en question : on se sent un peu décalé sur cette planète, surtout quand le jeudi ou le vendredi matin partant courir alors que le jour n’est pas encore levé, je croise ceux qui sortent de boite de nuit après une nuit de fête. Idem le jour de Noël après l’ouverture des cadeaux lorsqu’il me faut quitter les chaussons pour enfiler les running et attaquer une séance de 3h.

Et puis après tout cela il faut enchainer les journées au centre, le plus difficile restant bien sur la deuxième journée de boulot avec les enfants ! Quel que soit le résultat de cette course, je remercie le régiment mais également ma famille qui a dû me supporter lors de mes coups de moins bien, surtout mon épouse !

 

Samedi 11 février 2017, à 05h50 je suis sur la ligne de départ avec Christophe, Pierre, derrière nous Guillaume, André, Coline sont là également. La préparation est terminée, la course va commencer dans exactement 10 minutes : 102 kilomètres, 11h d’effort en perspective : « maintenant il n’y a plus qu’à se faire mal ». Autour de moi je croise le regard d’hommes et de femmes qui me paraissent familiers à force de les voir dans les magazines de course à pied. Les Maoris du village de TEPUIA entament un haka impressionnant pour donner du courage aux coureurs.

06h : 5,4,3,2,1, top départ ! Ça part très vite, 18km/h pour les premiers, 16km/h pour moi. Rapidement je prends mon allure de croisière comme prévu. Dès le 5e kilomètre je suis pris d’un mal de ventre atroce, que je vais trainer jusqu’au 50e kilomètre. Je m’arrête à plusieurs reprises pour aller aux toilettes, la course commence mal, mais je maintiens une moyenne de 11 km/h. Arrivé au 60e kilomètre, j’ai un gros passage à vide : j’ai encore mal au ventre, j’ai mal aux jambes, je ne regarde même plus ce qui se passe autour de moi. Pour la première fois j’ai des crampes aux cuisses. Sur les ravitaillements qui suivent je croise des coureurs de très bon niveau qui abandonnent. L’idée me traverse l’esprit mais c’est hors de question : je pense à ma famille, à l’entraînement que je me suis imposé, et je vais mieux.

76e kilomètre, je rejoins le premier français de l’épreuve. C’est un réunionnais, qui a terminé 5e la fameuse diagonale des fous, autre course épique. Ça grimpe, ça tombe bien j’adore ça. On discute tous les deux puis je le distance dans la côte. Arrivé en haut il me reste 12,4 km de descente. J’avais prévu de mettre moins de 1 heure sur ce tronçon, je le réalise en 1h30, incapable d’accélérer. A chaque foulée, les impacts sur le sol sont douloureux et je sens des contractures dans mes quadriceps. Je prends une petite claque dans le dos avec un encouragement : c’est le réunionnais qui me dépasse. Je suis frustré et énervé de ne pas pouvoir le suivre.

Enfin j’aperçois le pont aux drapeaux. On m’annonce 2 kilomètres avant l’arrivée. Personne devant moi, personne derrière, je décide de marcher pour profiter du paysage mais aussi parce que j’ai mal aux jambes. Je pense à ma famille, à mon entraîneur Jean Berthet, à ceux qui m’ont aidé. Soudain j’aperçois derrière mon épaule un coureur : c’est le 3e français. Je repars « au taquet », et j’aperçois Paul, l’organisateur, avec la médaille du Finisher à la main. Je franchis la ligne en 10h39, à la 32e place au classement général, 14e de ma catégorie et 2efrancais de l’épreuve. La victoire est revenue au prodige américain Jim Walmsley qui avec un chrono de 7h23’32’’ pulvérise le record de plus de 21’ et chez les féminines, c’est sa compatriote Camille Herron qui s’impose en 8h56’00 prenant la 9ème place du classement général. Je conserverai des images plein la tête de ce pays fantastique.

 

Encore merci à ceux qui m’ont soutenu, merci à Jean, merci au RIMaP-NC, merci à Dem Pacific, un grand merci à mes enfants et surtout à mon épouse Carole. Maintenant récupération ! »

 

Mika,

Merci Mickael ! Nous suivrons avec attention la suite de ta saison, notamment aux Océania Games de Païta.

Publié dans Chronique de course

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Delrieu Pascale 19/03/2017 05:10

Merci Mika pour ce très beau récit montrant que les résultats viennent avec un gros travail. Et malgré tout il y a des imprévus.BRAVO.

Chantal & Joël AZAM 24/02/2017 09:32

Félicitations Mickaël pour ta course, pour le courage qu'il t'a fallu pour la finir mais aussi pour l'entrainement intensif que tu as du suivre !

Thierry SEBALD 19/02/2017 04:14

Félicitations Mickaël et bravo pour ton récit prenant du déroulement de ta course!