Casse musculaire

Publié le par Jean BERTHET

     Les coureurs de fond soumettent leur organisme à rude épreuve et nombreux sont ceux qui lèsent des fibres musculaires lors de courses longues (marathon, 100 km, 24 heures) et incluant de nombreuses portions en descente (trail, ultra-trail).

La rhabdomyolyse

C’est la destruction des fibres musculaires striées. Elle est responsable de la libération dans l’organisme des composants de la cellule musculaire striée, en particulier de l’enzyme créatine-phosphokinase (CPK) et de la myoglobine (pigment rouge, proche de l’hémoglobine et qui transporte l’oxygène de la membrane de la cellule vers la mitochondrie).

Cette pathologie se traduit cliniquement par des douleurs et une impotence musculaire, des urines rouges et foncées (« le coureur pisse du sang » = myoglobinurie) et une élévation importante du taux sanguin de CPK.

Quels sont les mécanismes de déclenchement chez les coureurs ?

A chaque foulée, les muscles du mollet effectuent lors de la phase de réception au sol, un travail d’amortissement.

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Les muscles jumeaux et soléaires se contractent pour résister à leur étirement déclenché par la contrainte du poids. Il en est de même du muscle de la face antérieure de la cuisse, le quadriceps, qui amortit le poids du corps lors de la phase de réception en résistant à son étirement, le genou légèrement fléchi.

Ce travail de résistance à l’étirement (travail excentrique) est fondamental lors de chaque réception sinon le coureur s’effondrerait sur la contrainte de son propre poids . La longue répétition des exercices excentriques lèse les cellules musculaires. D’ailleurs des études en microscopie électronique révèlent la présence de nombreuses micro-ruptures des fibres et des membranes musculaires chez les marathoniens.

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Vue en microscopie électronique d’un échantillon de muscle prélevé chez un marathonien, montrant la rupture de la membrane cellulaire dans une fibre musculaire.

 

 

 

 

Après la lecture de ces quelques lignes, les coureurs qui s’aligneront prochainement sur marathon, comprendront mieux pourquoi ils éprouveront des difficultés à descendre les escaliers pendant quelques jours !

Bien sûr, la composante excentrique destructrice peut être majorée par la vitesse de course, la durée de course et le profil du parcours.

Certains coureurs ont tendance, pour passer le cap de la douleur, à prendre de l’aspirine, voire quelquefois avant l’épreuve, en préventif. Or, les médicaments salicylés (médicaments comprenant de l’acide salicylique) ont une action nocive sur le muscle surtout en exercice. Attention ! Ce comportement est à risque de rhabdomyolyse massive, donc fortement déconseillé.

L’insuffisance rénale aigüe (IRA)

C’est la complication de la rhabdomyolyse du coureur. Après l’effort, « le coureur pisse très peu ou plus du tout » ! Il y a diminution voire arrêt complet du débit urinaire.

Que s’est-il passé ?

La myoglobine libérée dans le sang va être évacuée par le rein. Le problème est qu’elle a une action toxique sur les cellules qui tapissent la paroi des tubules rénaux. Cette toxicité est en outre favorisée par la chute du volume sanguin (hypovolémie), elle-même potentialisée par la déshydratation du coureur. De plus, l’effort intense et de longue durée produit une acidose métabolique qui donnera des urines acides. Celle-ci va également favoriser l’action toxique de la myoglobine sur le néphron (unité fonctionnelle du rein – chaque rein contient environ un million de ces petits filtres).

Les débris cellulaires provenant de la rhabdomyolyse peuvent aussi obstruer le tube rénal et bloquer l’écoulement des urines.

De nombreux coureurs utilisent des anti-inflammatoires non stéroïdiens.

Attention ! Ces médicaments sont toxiques sur le rein et ont aussi un effet facilitateur de la toxicité de la myoglobine sur le néphron.

Quels sont les signes cliniques ?

 A l’arrivée, ils sont peu évocateurs (fatigue, trouble digestif, torpeur) et ne permettent pas de prévoir l’IRA.

Par contre, s’ils persistent et s’aggravent, il faut rapidement consulter et réaliser un bilan sanguin. L’arrêt du débit urinaire ayant empêché l’élimination des déchets métaboliques, l’accumulation de ceux-ci va déclencher des signes biologiques : créatinine élevée, augmentation du potassium qui n’est plus éliminé (l’hyperkaliémie peut provoquer l’arrêt cardiaque !), majoration des CPK , myoglobinurie, transaminases en hausse (témoins d’une souffrance du foie … d’autant plus importante que le coureur aura consommé du paracétamol !).

Quelques conseils 

 A l’arrivée, boire de l’eau bicarbonatée (un peu de bicarbonate de soude dans de l’eau ) pour limiter l’acidité des urines.

 Boire beaucoup pour relancer la diurèse.

 Pendant la course, prévoir l’adjonction dans toutes les boissons d’une pincée de sel de cuisine (chlorure de sodium) pour limiter la déshydratation.

 Proscrire l’aspirine, les AINS et le paracétamol. Prendre ces médicaments pour masquer la douleur due à l’effort prolongé est à haut risque d’aggravation.

 Proscrire les massages agressifs qui vont accentuer la libération dans le sang et donc dans le rein de la myoglobine. La cryothérapie serait sûrement plus judicieuse face à des fibres musculaires lésées.

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