Retour à Auckland

Publié le par Thierry

    Dimanche 1er novembre, Auckland, 4 H. Le téléphone, le radio-réveil et l’alarme de ma montre viennent de retentir en même temps. Pas de doute, le jour j est arrivé, la course pour laquelle je m’entraîne depuis plus de deux mois va bientôt commencer.

    J’avale sans faim une énorme portion de gâteau-sport, boit sans soif une demi-bouteille d’eau, enfile un K-Way sur ma tenue ASPTT, saute dans mes runnings et descends dans Queen Street, direction l’embarcadère des ferries. Première indication : il fait très frais, sans doute moins de dix degrés et un petit vent souffle. Sur les trottoirs, des sorcières défraîchies titubent aux bras de vampires éméchés. Halloween a laissé des traces…

    Dans le ferry, je retrouve une image plus positive de la société néo-zélandaise : des sportifs du dimanche assis en rang d’oignon, le sourire aux lèvres malgré l’heure précoce. Cette année, le marathon et le semi ont des départs décalés de 35', ceux-là doivent donc être des ''42ers'' pour prendre le ferry si tôt. La plupart n’en ont pas l’allure, mais il est vrai que beaucoup le font "pour le fun", bien loin de l’esprit de compétition de notre petit caillou…

    La traversée vers Devonport ne prend que 10' et nous ne tardons pas à débarquer dans la petite galerie commerciale de l’embarcadère où les concurrents arrivés avec les ferries précédents sont assis à même le sol et nous regardent défiler. L’ambiance est bon enfant, les encouragements et les plaisanteries fusent. Je sors un instant repérer le site de départ que je connais par cœur pour avoir déjà participé en 2002 et en 2006. Le vent s’est encore renforcé, mais il tombera partiellement pendant la course, ne soufflant qu’en brèves rafales sur les portions les plus exposées du retour vers Auckland, les dix dernières bornes, les plus dures…

    Il reste une heure avant le départ et je reviens m’abriter dans la galerie, à l’affût des coureurs de l’ASPTT qui participent au marathon ou au semi. Je finirai par les identifier au magnifique survêtement bleu et jaune de Jean-louis Lignon devant les remorques où nous déposons en consigne nos affaires superflues. Nous les retrouverons à l’arrivée, alignées dans l’ordre des dossards sur la pelouse impeccable du Parc Victoria.

Quelle organisation ces Kiwis ! Entre Kalédoniens, nous échangeons quelques mots, posons pour la photo et nous souhaitons bonne course.

    Il est temps de m’approcher du départ. Ici, pas de bousculade, aucun problème pour se retrouver en première ligne. Je m’échauffe légèrement et constate tout de suite que j’ai de bonnes jambes. Un effet du froid et du repos pris dans la semaine. Je trottine jusqu’au bout de l’avenue, jette un coup d’œil à gauche sur la côte qui nous attend dès le 1er km et reviens me placer sur la ligne. Devant mois, quelques favoris disposent d’un sas préférentiel. Le speaker commence à s’égosiller, je repère à ses côtés la championne olympique du poids, Valérie Vili (épouse de notre Bertrand) la sirène à la main. 06h10 : c’est parti !


    Je m’élance prudemment, et une bonne vingtaine de concurrents ne tardent pas à me doubler. La première côte est avalée, le 1er kilo arrive : 4’10. A ma demande, car je n’ai pas pu faire de test VMA cette année, Jeannot m’a fait un plan d’entraînement sur les bases de 4’05 au kilo. Comme à chaque fois, j’ai pas mal douté pendant ma préparation, notamment à l’occasion des séances de VS (Vitesse Spécifique) marathon où l’idée de courir 42 bornes à une telle allure semble totalement absurde. Mais je sais aussi d’expérience (c’est mon 22ème marathon) que le principe même d’un plan d’entraînement est d’arriver fin prêt le jour j et l’heure h. Le corps se cale alors naturellement à l’allure programmée.

    Après le rush du 1er kilo, la course commence à se dessiner, des petits groupes se forment. Je me retrouve avec une demi-douzaine de concurrents, dont la première féminine, fortement encouragée par les spectateurs et suivie par une moto de l’organisation. Elle court par à-coups et me semble bien essoufflée. Je me cale dans le petit peloton, ne prenant les relais que dans les petites côtes qui jalonnent le parcours, mes grandes jambes me propulsant à chaque fois naturellement à l’avant du groupe. Je connais le parcours par cœur et je sais que le premier semi est une longue succession de faux-plats montants ou descendants, usants pour les jambes. Il s’agit donc de s’économiser en vue du 2ème semi, plus plat.

    Mais je me retrouve vite confronté à un imprévu : je ne parviens pas à discerner clairement les chiffres sur mon chrono au passage des kms. Ma vue a beaucoup baissé ces derniers temps, mais le froid doit aussi y être pour quelque chose, embuant l’écran. Bref, je cours aux sensations et quelque chose me dit que nous allons un peu vite. L’écran chrono au passage des dix me le confirme : 39’05, soit moins de 3’55 au kilo. C’est beaucoup trop rapide et les « too fast » qui fusent au sein du petit groupe prouvent que nous sommes tous en surrégime. Personne ne ralentit pour autant et à la faveur d’une longue descente, le groupe finit par exploser.

    Je me sens plutôt bien, mais pas super non plus et je sais que je vais au crash si je continue à cette allure. Je décide alors de lever le pied et me retrouve en la seule compagnie de la première fille et de son inséparable suiveur en moto. La longue montée du pont d’Auckland se profile et dès les premières rampes, je lâche ma compagne d’un jour qui vient de me dire qu’elle comptait descendre sous les 2h50. Elle a présumé de ses forces et finira en 2h55, 3° féminine seulement. Dans la montée, je ressens les premières douleurs aux cuisses, qui m’ont tant handicapé pendant ma préparation. Mon moral en prend un coup, surtout en me remémorant mes deux précédentes expériences où j’avais avalé le pont "en fumant la pipe". Au passage des 15, je suis en pleine gamberge… Les échos d’une conversation qui se rapproche dans mon dos me ramènent à la réalité.

    En bas du pont, je suis dépassé par un couple qui donne l’impression de faire son footing dominical. J’apprendrai le lendemain en lisant la une de la presse nationale qu’il s’agit bien d’un couple légitime et pas n’importe lequel : lui, Ben Ruthe, est le vainqueur de l’édition 2008, qui a décidé d’accompagner son épouse cette année. Elle, Jesse Ruthe, a donné naissance à leur premier enfant cinq mois auparavant et pour sa course de reprise, a décidé au dernier moment de s’aligner sur marathon ! L’article précise aussi qu’elle a couru en 2h39 à Tokyo en 2007 et qu’elle entend préparer le marathon des JO de Londres en 2012. Devant une telle carte de visite, mon honneur est sauf ! En tout cas, j’arrive à ma caler sur leur allure puisque je les aurai en point de mire jusqu’au 38°km, moment douloureux où les crampes nous sépareront (au fait, pourquoi les champions n’ont-ils jamais de crampes?).

    Nous entrons dans le centre d’Auckland par les quais, je passe au semi en 1h23’18. Comme à chaque marathon, c’est l’occasion de faire un rapide état des lieux, histoire d’anticiper la seconde partie de course. Depuis le passage du 10, je suis passé à 4’ au kilo. C’est encore trop rapide car je sais exactement où mon corps en est : je ne suis pas totalement à la ramasse, comme au dernier marathon de Nouméa, couru sans prépa spécifique, mais je me sens quand même bien entamé. Je sais déjà que le "negative split" n’est pas à l’ordre du jour et que les derniers 10 kilos vont être durs. Le tout est de savoir si je vais limiter la casse ou carrément exploser.

    Je décide de jouer la prudence et lève encore le pied à l’attaque du 2°semi. Au poste de ravitaillement, je prends bien soin de boire un gobelet de powerade, comme depuis le début et j’attaque le premier des trois gels stockés dans mon short. La course commence maintenant et j’essaie de m’abstraire de la route, des kilomètres qui s’égrènent lentement pour me concentrer sur des choses positives : ma famille, la ligne d’arrivée… 1h39’20 au 25, 1h59’50 au 30 : je maintiens un petit 4’05 au kilo, tout va bien mais je sens que le retour vers Auckland va être très long. Heureusement pour mon moral, d’autres sont carrément en perdition et je commence à doubler des concurrents qui ne font plus que trottiner, ou qui marchent carrément. Je suis passé au semi en 31° position et, plutôt que de me fixer un objectif chrono, je décide que je dois entrer dans les vingt sur la ligne d’arrivée.

    Passé le demi-tour de St Heliers, je maintiens le rythme et avale un à un mes compagnons du début de course qui m’encouragent quand je les double. Aux environs du 35° (je ne regarde même plus le chrono), j’entre dans le dur. L’impression que le bas et le haut du corps se désolidarisent, mes jambes tournent sans que je les sente, comme deux bouts de bois. Aucune idée de ma vitesse, je fixe les immeubles de la City au loin, tandis que les maillots de mon petit couple s’estompent peu à peu…

    40éme : les crampes montent dans mes mollets, c’est la première fois que ça m’arrive. Heureusement, elles ne sont que passagères et je parviens à maintenir un rythme décent, sans doute autour de 4’20 au kilo. Passage devant la gare maritime, lacis des rues étroites dans le quartier du port, débouché dans Fanshawe Street pour la ligne droite d’arrivée sous une haie compacte de spectateurs et les encouragements du speaker. A ma droite, les concurrents des 10 km arrivent en groupe compact.

    Passage de la ligne : 2h51’12. Je ne sais trop si je dois être content ou déçu. Déçu parce que j’étais bien préparé, dans un bon jour et qu’avec un départ plus prudent, j’avais certainement les moyens de descendre sous les 2h50 (mon objectif secret…). Content parce que précisément ce départ trop rapide aurait pu me faire exploser et que je limite les dégâts en atteignant mon objectif initial. Autre motif de satisfaction : je rentre dans les vingt au scratch (19°), et je termine deuxième dans ma catégorie d’âge (45-49 ans).

    Au sortir du sas d’arrivée, je tombe sur le couple Tio, content de leur course sur semi. Pas de nouvelles de Brigitte, Alain et Jean-Louis, qui s’alignent sur marathon et qui doivent être en plein effort. Je rentre à pied à l’hôtel où je réveille mon fils, qui m’a accompagné pour ce week end sportif (pas pour tout le monde…). Le temps de prendre une douche et un thé et nous repartons vers Victoria Park où les concurrents n’en finissent pas d’arriver. Les familles les ont rejoints et chacun s’installe sur la pelouse pour pique-niquer : saucisses en barbecue, packs de bière, boissons sucrées, ice creams : passé le temps de l’effort, nos chers kiwis retrouvent leurs vieilles habitudes. Sur un podium, des groupes de rock se succèdent, les sponsors vendent leur camelote à prix cassés. La pluie menace, il est temps d’aller déjeuner, et de refaire cent fois la course dans un coin de ma tête en pensant « l’année prochaine…. ».

Merci et bravo à Emmanuel GODARD

 

Publié dans Résultats

Commenter cet article

william 07/11/2009 05:34


bonne course, je reve d'en faire autant, mais l'âge ne le permet plus.
je couple TIO, est Yann et Ludovic, ou le couple William?


Thierry 07/11/2009 09:33


Il s'agit bien du couple Françoise et Ludovic Tio.